Temps fort de la saison brassicole hivernale, quelques jours avant la Saint-Martin, les acteurs de la filière se sont retrouvés pour le traditionnel lancement des bières de Noël d’Alsace à Strasbourg, organisé par le syndicat des Brasseurs d’Alsace. Cette année encore, la diversité est au rendez-vous. On mesure le chemin parcouru depuis qu’Albert Gass, maître brasseur chez Schützenberger, a relancé le style, voilà 40 ans. Dans une ambiance chaleureuse, les invités ont pu plonger dans ce qui constitue désormais une expression du terroir brassicole alsacien.

Bière de Noël, agenda politique et saison
C’était un premier lancement pour Madame la Maire, Catherine Trautmann, également présidente de l’Eurométropole, élue en mars 2026. Premier ? Pas vraiment. La première édile avait déjà participé à la célébration de la bière de Noël d’Alsace lors de ses premiers mandats (1989-1997, 2000-2001), à l’époque de la relance sous le signe du Sagittaire. Madame la Maire a ainsi eu une pensée pour Rina Muller, grande patronne de la brasserie Schützenberger de jadis.

Dans un discours remarqué et apprécié par la filière bière, elle s’est réjouie « d’un moment heureux et festif autour des bières de Noël du territoire », qui lance, un peu en avance, la saison des fêtes de fin d’année à Strasbourg. Elle a salué le dynamisme de toute la filière brassicole, et notamment celui des agriculteurs et houblonniers qui fournissent les matières premières.
Elle a ensuite parlé de l’eau de la bière, cette matière première essentielle qui a participé à la renommée des bières d’Alsace, en insistant sur sa préservation, « sa qualité, son abondance et son accessibilité », alors que le niveau du Rhin a été historiquement bas cet été et que plusieurs brasseurs français ont été touchés par des restrictions.
Enfin, elle a bien sûr évoqué la fermeture de l’Espérance et a confirmé sa volonté d’y voir passer « un tramway des brasseurs », qui reliera les anciennes cités brassicoles de Schiltigheim, de Cronenbourg et de Koenigshoffen. On souhaite à ce tramway le même succès que les trains de la bière du Second Empire, qui firent connaître les bières alsaciennes à la capitale et participèrent à l’essor formidable de la brasserie industrielle de Strasbourg.

Le président des Brasseurs d’Alsace, Dominique Baudendistel, a rappelé que ce rendez-vous était dorénavant profondément ancré dans le territoire. Il a rebondi sur le climat en indiquant qu’il était un allié du brasseur, mais qu’il pouvait rapidement aussi le desservir, notamment en cas de canicule. Il a enfin rappelé que, malgré la fermeture d’Heineken, qui était un événement de la vie économique, l’Alsace gardait le précieux rang de première région productrice de bière de France et de première région productrice de houblon, en saluant notamment le travail d’Hop France et les variétés de houblon alsacien.
Et côté verre…
13 brasseries étaient présentes aux becs de la société alsacienne Tirage Pression, sur la petite centaine de brasseurs alsaciens. Elles offraient un échantillon assez représentatif de la bière de Noël d’Alsace. Des grandes maisons historiques (Meteor, Saverne, Kronenbourg), des marques anciennes ressuscitées (Schützenberger, Perle) et des brasseries artisanales du Bas-Rhin et du Haut-Rhin (Bendorf, Vignoble, Suff’Bier, Saint-Pierre, Stamm, Saint Alphonse, L’altruiste, Taal).

Côté robe, une échelle d’EBC allant globalement de 12 à 36. On constatera naturellement un choix de plus en plus marqué pour la fermentation haute chez les brasseurs artisanaux. Pays de fermentation basse depuis la fin du 19eme siècle, l’Alsace voit la fermentation haute brassée sur son territoire progresser continuellement. Les palais retrouveront dans les différents brassins, au choix, les arômes de cannelle, de poivre, de gingembre, de coriandre, d’agrumes, de fruits confits, de vieille prune, de biscuit ou de miel. On constate une légère tendance à proposer des bières de Noël plus alcoolisées, avec quelques bières au-dessus de 6,5 %.
Déguster la bière de noël d’Alsace en pensant à celles et ceux qui la font
Hervé Marziou, notre biérologue national et co-fondateur de la Cité des Brasseurs, nous parle de la bière de noël : « Ce que je retiens, et encore une fois cette année, c’est la richesse de la proposition des bières de Noël 2026 en Alsace, c’est l’engouement à vouloir les goûter avec les amis pour pouvoir en discuter dans l’immédiat, c’est de vouloir en parler dans son entourage, et d’y revenir jusqu’à la fin du mois de décembre et même de le déborder. On touche là à un des moments exceptionnels de la vie du monde de la bière. Je vous invite à y entrer de plein pied, à prendre le temps qu’il faut, à saisir les occasions de multiplier vos dégustations, avec modération dans leur quantité, à partager – que vous soyez formé ou non – vos ressentis et pourquoi pas, décider quelle sera votre bière de Noël 2026 et en devenir son ambassadeur éphémère ! Les fêtes de Noël ne durent qu’un temps ».
Fabien Allary, brasseur chez Meteor et membre du collectif, voit dans cette soirée l’occasion de saluer celles et ceux qui font la bière de noël : « On parle souvent de dégustation, de recettes et de nouvelles créations. Mais il ne faut pas oublier ce qui se cache derrière chaque verre : les équipes de production, les brasseurs, les malteurs, les techniciens, les équipes qualité, les conditionneurs et tous les professionnels qui participent à la fabrication de nos bières. De la matière première au produit fini, chaque étape demande de la maîtrise, de la rigueur et de l’expérience. Ces métiers constituent le cœur de notre filière ».
Et que disent les brasseurs de la bière de noël ?
Christian Artzner, de Perle, voit la bière de Noël comme « festive et chaleureuse ». Il recommande d’accompagner sa Perle Noël, compagne des soirées d’hiver, d’un foie gras (alsacien !). Olivier Eck, de la brasserie Taal, propose une belle bière originale appelée Winaachtsmuessli. Une bière sans épices, avec du seigle pour assurer de la gourmandise, qui met à l’honneur une levure d’abbaye apportant des esters poivrés, sur l’évocation d’une triple belge (7 %). Après avoir proposé une Chili Stout en 2025, il nous explique qu’il ne veut pas « d’un cahier des charges de la bière de noël qui pourrait sournoisement s’imposer ». La bière de noël est, pour lui, une bière « chaleureuse, qui réchauffe ». Une version rock de Jingle Bells, en somme, avec des Morning Bells.
Une nouveauté cette année avec la Stamm de Noël des Intenables. Une bière de fermentation haute, réalisée avec du houblon Barbe Rouge et un mélange d’épices de chez Fortwenger. Une bière « caramélisée, aux notes d’épices douces… mais pas sucrée », pour Alice Godet, la cofondatrice.

Du côté de la brasserie Uberach, Éric Trossat nous dit ce qu’il attend d’une bière de Noël : « de la gourmandise », et ce d’autant plus que le brassin éphémère permet plus de liberté. Et l’infatigable Bernard Rotmann de rappeler l’intérêt de célébrer ces bières de Noël : « elles permettent de déployer un décorum propre », qui ravit les consommateurs.
Les bières de Noël d’Alsace sont l’expression d’un véritable terroir brassicole.
L’utilisation de houblons locaux, la tradition ancienne sans cesse renouvelée, l’emploi d’épices ancrées dans des savoir-faire séculaires, les liens étroits avec la pâtisserie et la gastronomie alsaciennes, la maîtrise des fermentations et le respect de la saisonnalité en sont assurément les éléments distinctifs.
Avant de déballer les calendriers de l’Avent brassicoles, il faudra goûter ces bières de Noël d’Alsace. Et les buveurs de bière qui n’ont pas été sages au cours de l’année auront affaire au Hans Trapp !
L’abus de l’alcool est dangereux à la santé. À consommer avec modération.