Une visite au Musée Vosgien de la Brasserie de Ville-sur-Illon

Le Musée Vosgien de la Brasserie, situé à Ville-sur-Illon, offre une immersion passionnante dans l’univers d’une brasserie du début du XXe siècle. Une visite authentique, marquée par une atmosphère unique. 

L’importance de la brasserie dans les Vosges

L’histoire brassicole des Vosges, parfois moins connue que celle de ses voisines alsaciennes, mosellanes ou meurthe-et-mosellanes, est pourtant prestigieuse. Des noms tels que Xertigny, Bruyère, Vittel, Dommartin, ou bien sûr Charmes, témoignent de la vitalité brassicole du département au cours des XIXe et XXe siècles. Elle est aussi la conséquence des destinées de la bière d’Alsace-Moselle, fortement taxées depuis 1882, régions alors allemandes.

La brasserie de Ville-sur-Illon, qui abrite aujourd’hui le musée, a peu évolué dans ses structures. Contrairement aux musées de Stenay ou surtout de Saint-Nicolas modernisés au fil du temps, celui-ci est resté « dans son jus », permettant de découvrir au plus près la réalité d’une brasserie industrielle de première génération.

La brasserie Lobstein

Le musée vosgien de la brasserie est d’abord celui de la brasserie Lobstein. Fondée en 1887 par Jacques Lobstein (1847-1931), un Alsacien originaire de Brumath ayant pris l’Option en 1870, elle illustre parfaitement le modèle de la brasserie intégrée du début du XXe siècle, brassant de la bière de fermentation basse.

Jacques Lobstein, fondateur et dirigeant de la brasserie. Photographie Musée Vosgien de la brasserie.

Comme souvent à l’époque, l’industriel est aussi un notable local : Jacques Lobstein fut maire de Ville-sur-Illon (1908-1912), et son fils, René, lui succéda à la tête de la brasserie, puis de la mairie.

Un site industriel complet

De taille plus modeste que les brasseries alsaciennes, l’ensemble présente néanmoins une organisation rationnelle typique des années 1900 : brasserie, malterie, caves de garde et de fermentation, écurie, chaufferie, bureaux et espaces de chargement.

La malterie, construite en 1900, est impressionnante pour l’époque et pour la région.

La Malterie située à l’arrière du site, malheureusement dans un état de délabrement avancé.

Les caves, bien conservées, montrent le fonctionnement des installations : refroidissement, circulation de l’air, hygiène et gestion des fermentations.

Plusieurs foudres en bois destinés à accueillir la bière en fermentation. Au plafond on peut apercevoir le système de réfrigération des caves par tuyaux.

Le grenier à concassage, quasiment intact depuis le début du XXe siècle, illustre encore les procédés de l’époque.

La salle de brassage, modernisée par René Lobstein dans les années 1930, arbore un style Art déco remarquable. L’escalier monumental et la majestueuse porte d’accès rappellent l’importance symbolique que les brasseurs accordaient à ces espaces de production.

Activité et production

Au tout début 1900, la brasserie produisait notamment une bière bock et une bière dite de conserve.

Le personnel comptait en 1911 environ 70 employés, dont :

• 31 ouvriers brasseurs,

• 2 ouvriers malteurs,

• 2 tonneliers,

• 5 chauffeurs,

• 3 charretiers,

• 3 maréchaux-ferrants (la bière étant livrée en attelage),

• ainsi qu’une douzaine de manœuvres.

Évolution des effectifs et de la production :

• 1913 : 63 employés et un record de 40 000 hectolitres produits.

• 1935 : environ 70 employés.

• 1950 : 38 employés, les années deviennent difficiles.

• Années 1960 : moins de 20 employés.

Pour comparaison :

• la brasserie de Jarny-Uckange produisait 80 000 hl en 1913,

• la brasserie de Charmes atteignait 100 000 hl la même année.

Si on considère le ratio de volume de production avant/après, la brasserie de Ville-sur-Illon résista plutôt bien à la Seconde Guerre mondiale, malgré les difficultés d’approvisionnement. Mais dès 1956, à la veille du Marché commun européen, la production tombe à 15 000 hl.

Comme les autres brasseries, avec la maîtrise de la carbonation des boissons, elle se diversifia également dans la limonade, atteignant 15 000 hl en 1975.

Collections et patrimoine

Le musée abrite une collection variée de machines de brasserie, autrefois connues par les catalogues d’expositions universelles ou les revues spécialisées. Parmi elles :

• un mélangeur de tank à bière,

• un capsuleur manuel,

• un satureur en CO₂,

• On trouve également un Baudelot, malheureusement déplacé, ce qui rend difficile la compréhension de son usage pour les non spécialistes 

Le baudelot permettait de refroidir le moût sortant des chaudières de brassage.

Les caves conservent également une cuve en bois de fermentation primaire, rarissime dans cet état.

Publicité et objets

La visite offre un magnifique panorama de l’art publicitaire brassicole du XXe siècle :

• vues d’usines (parfois un brin présomptueuses),

• plaques émaillées,

• verres et bouteilles,

• pierre lithographique des années 1930 de la verrerie Galbi de Toul, utilisées pour réaliser des verres émaillés publicitaires.

Ces supports témoignent du talent des dessinateurs de l’époque… et de l’absence de loi Évin !

Garçon dégustant une bière fraîche. Publicité pour les bières de la Brasserie de Bruyères. Collection musée Vosgien de la brasserie.


La Cité des Brasseurs remercie et salue chaleureusement les équipes de bénévoles de l’association du Musée. Ils font vivre avec engagement un patrimoine remarquable. Ils transmettent aux générations futures ce que nous avons de plus précieux : notre histoire. 

N’hésitez pas à les soutenir en adhérant à l’association ou en faisant un don. De passage dans le Grand Est ou en vacances dans les Vosges, poussez la porte du musée. Et vive le patrimoine brassicole. 

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