La fête de la bière de Schiltigheim est devenue une véritable institution et constitue une part du patrimoine brassicole alsacien. A la veille de son lancement, lacitedesbrasseurs.fr rencontre ceux qui la chérissent. Aujourd’hui, Benjamin Patswa, fondateur de la Brasserie Bendorf de Strasbourg (1), dont la bière Queen of Langstross est proposée pendant les quatre jours de festivités.

Cité des Brasseurs : Bonjour Benjamin, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Benjamin : Je m’appelle Benjamin et je suis gérant de la Brasserie Bendorf, qui a 13 ans maintenant. Je viens de Belfort mais je suis « strasbourgeois d’adoption ».
CdB. : Peux-tu nous présenter ta brasserie ?
B. : La brasserie Bendorf, qui est la contraction de « Benjamin » et « Neudorf » a 13 ans. Je viens du monde du vin initialement. J’ai commencé seul comme brasseur amateur, puis avec une équipe. Nous avons grandi petit à petit, comme les autres brasseries artisanales. L’idée dès le départ était de faire une bonne bière. Faire une bière sans défaut est assez technique, cela prend du temps et il faut investir pour acquérir du matériel. Nous avons donc travaillé pour cela. On fait maintenant à peu près 3000 hectolitres par an. On a travaillé et on essaie de faire le mieux possible, ou en tout cas, le moins mal possible. On essaie de faire attention à l’impact de notre production sur l’environnement. Il y a 8 ans, on a été labellisé Bio. On a travaillé également pour ré-localiser notre approvisionnement, notamment d’orge. On essaye d’avoir de l’orge bio local, alsacien ou lorrain, et malté par la Malterie Maltala de Bergheim en Alsace. Quand on a modernisé notre appareil de production on a pensé aussi à rationaliser notre consommation en eau. Et depuis 5 ans, on réemploie les bouteilles.
CdB. : Quel est « ton » souvenir de la fête de la bière (que ce soit ancien ou récent) ?
B. : J’y suis allé il y a très longtemps, presque un peu par hasard. L’image que j’en avais était celle d’une fête avec une forte présence de bières industrielles. Et c’est vrai que l’année dernière, j’ai été heureux de l’ouverture de la fête aux bières artisanales. J’ai apprécié la volonté de l’Oscal d’avoir une présence de bière artisanale alsacienne. C’est pour cela que je suis content de pouvoir y proposer notre bière, la Queen Of Langstross.

CdB. : La brasserie Bendorf est soucieuse d’originalité avec des bières remarquées sur la scène alsacienne comme la Neudorf Red Ale ou l’Imperial Stout Abysse du baggersee. C’est cependant la Queen of Langstross qui est proposée à Schilick, une des bières signature de la maison si tu nous permets cette expression. Comment as-tu décidé quelle bière tu allais proposer ?
B. : C’est une fête populaire à Schiltigheim. Je ne savais pas si la Brasserie Bendorf était connue la bas. Je voulais donc présenter la bière peut être la plus représentative de la brasserie.
CdB. : Quel regard portes-tu sur le paysage brassicole alsacien actuel, que ce soit celui des brasseries industrielles ou des micro-brasseries ?
Sans langue de bois… je trouve qu’on est dans une position un peu charnière. Dans le Nord de la France, on a des brasseries artisanales plus anciennes qui se sont développées et qui sont peut-être aujourd’hui moins artisanales, suite à ce succès. En Alsace, on a toujours eu une forte présence de grands brasseurs industriels, comme Meteor ou Kronenbourg. Le développement des brasseries artisanales alsaciennes est donc restée finalement à une échelle plus restreinte. Il y a pour moi une nette différence entre ces grosses brasseries, et les brasseries artisanales, mêmes si les artisanales ont aussi grandi et évolué. Aujourd’hui, on arrive à un plateau sur la croissance des brasseries artisanales. Il y a plein de lieux, plein de bars où la bière artisanale a trouvé sa place. Je ne vois pas un bar ouvrir à Strasbourg sans deux becs de bière artisanale. On est donc pour moi sur un paysage qui va être figé pour quelques temps (même si je n’ai pas de boule de cristal !). Et pour finir, je trouve que les brasseries artisanales n’ont pas à rougir, car elles ont redoré l’image de la bière qui était parfois un peu écornée… peut être par les brasseries industrielles. D’ailleurs ces mêmes brasseries industrielles s’intéressent aujourd’hui beaucoup aux brasseries artisanales et à notre dynamique. En tout cas, nous avons un travail à mener pour expliquer la différence entre produire une bière industrielle et une bière artisanale, car ce n’est pas le même métier.
CdB. : Quels sont les futurs projets de Bendorf si tu acceptes de nous mettre dans la confidence ?
B. : Côté production, on va recevoir notre premier retour d’UZAJE (2) sur les bouteilles lavées et ré-employées donc on reste la dessus pour travailler sur la filière, nos méthodes de production et notre impact sur l’environnement. Côté recette, on a eu un contact récemment avec un agriculteur local qui cultive une variété d’orge ancienne, l’Etoile du Berger, qu’on voudrait tester, même si a priori ce n’est pas une orge de brasserie. Notre objectif est aussi d’utiliser un peu plus de houblon alsacien (on en utilise en du houblon américain). On a aussi sélectionné un nouveau miel bio alsacien plus exigeant sur la cahier des charges pour notre recette de Honey Brown Ale. Voilà l’objectif est de s’ancrer dans un paysage local, et cela prend du temps. Notre taille nous convient, on ne veut pas forcément grandir encore, mais on veut s’ancrer davantage sur notre territoire, notre quartier, notre région.

CdB. : La Cité des Brasseurs est un collectif de personnes attachées à la sauvegarde du patrimoine brassicole matériel et immatériel alsacien. Que peut-on faire selon toi pour mieux mettre en valeur notre histoire, notre héritage et penser l’avenir ?
B. : Les brasseries industrielles ont clairement marqué l’histoire brassicole alsacienne. A titre individuel, cela m’intéresse forcément, mais en tant qu’artisan, je suis plus dans le présent. Je n’ai pas le sentiment en ce moment d’avoir à apporter quelque chose à l’histoire brassicole alsacienne. On construit le présent et on respecte ce que les anciennes grandes brasseries ont fait avant nous.
CdB. : La Pils d’Alsace n’est malheureusement pas reconnue comme un style de bière propre dans les classements internationaux alors qu’elle bénéficie d’une histoire, d’un terroir et d’un signature gustative et olfactive bien ancrée. Comment expliques tu cela ? A-t-on intérêt à développer une AOP Biere d’Alsace ?
B. : Sur le style Pils Alsace on est sur un produit très bien fait. Je bois d’ailleurs parfois de la Meteor, et cela fait partie du patrimoine alsacien. Mais quand on crée la brasserie il y a 13 ans, on ne s’est pas dit : « Tiens, on va faire une Pils d’Alsace ». On a fait une IPA.
Sur la question d’une AOP bière d’Alsace, ce qui pourrait être intéressant, c’est d’insister sur la re-localisation des approvisionnements et pourquoi pas, tendre vers une bière brassée localement avec des ingrédients locaux, sans forcément un style de bière figé.
CdB. : Enfin le mot de la fin, si tu devais choisir un mot sous lequel placer cette fête de la bière, lequel serait-il ?
B. : Renouvellement !
Notes :
(1) Retrouvez les bières et l’esprit Bendorf sur : https://brasserie-bendorf.fr/
(2) UZAJE est une entreprise alsacienne spécialisée dans le nettoyage de contenant agrolimentaire pour être ré-employé : https://uzaje.com/
La Cité des Brasseurs remercie chaleureusement Benjamin et la Brasserie Bendorf et lui souhaite une belle fête de la bière de Schiltigheim.
L’abus de l’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.