
Il est des instants où l’Histoire cesse d’être un récit lointain pour devenir une présence immédiate. Des instants où ce qui disparaît sous nos yeux n’a pas encore trouvé sa place dans le passé, et où notre conscience vacille entre ce qui est en train de finir et ce qui n’est pas encore tout à fait perdu. La fermeture de la brasserie de l’Espérance à Schiltigheim fait partie de ces moments.
Voilà cent soixante-dix ans, des ouvriers creusaient des caves au Chemin de Hausbergen – aujourd’hui Rue Saint-Charles – sans imaginer qu’ils posaient les fondations, déjà fragiles, d’un siècle et demi de brassage. Aujourd’hui, ce sont leurs héritiers qui, dans un geste inversé, posent du bardage sur les vitraux de la salle de brassage, installent des blocs de béton et déroulent du fil barbelé. Ils calfeutrent, sécurisent, ferment, bouchent, démontent… pour bâtir sous nos yeux une friche industrielle.
Il y a, dans cette expérience collective, un sentiment de décalage profond. Nous percevons la fin d’un monde – celui d’un patrimoine brassicole qui a façonné la ville, son identité, ses odeurs, ses sociabilités – mais nous nous découvrons impuissants à infléchir ce qui est désormais inéluctable.
Il nous reste alors à transformer cette mélancolie en projet pour que l’histoire brassicole de Schiltigheim ne s’arrête pas à l’année 2025.


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