
Découvrez notre Podcast retraçant toute l’histoire de la brasserie :
Ce qu’il faut en retenir :
La Brasserie Perle est l’héritière de deux brasseries strasbourgeoises disparues – la Brasserie de la Ville de Vienne (1835) et la Brasserie de la Tête Noire (1694). Son destin est marqué par trois familles : les Knoderer, les Hoeffel et les Kleinknecht, dont les trajectoires sont parsemées d’achats et de reventes, de mariage, de succession, d’exil volontaire et bien sûr…de renaissance.

Pierre Hoeffel fonde la Brasserie Perle en 1876 après le rachat de la Brasserie de la Ville de Vienne. Il développe une brasserie moderne à Schiltigheim, malgré un contexte politique et économique défavorable après l’annexion de l’Alsace. La Perle s’impose par sa qualité et ses récompenses, devenant à la fin de la première guerre mondiale une brasserie de taille moyenne, résiliente et reconnue.

Ingénieur-brasseur visionnaire, Charles Kleinknecht achète la Brasserie Perle en 1919 dont il était voisin comme Directeur Technique à la Brasserie de l’Espérance. Il transforme la bière Perle en une marque majeure. Il modernise l’outil de production, bâtit une tour de brassage emblématique, déploie une communication audacieuse (l’Alsacienne et son collier de perles, le « Tintin » ), innove en imposant ses publicités sur les tickets de tramway et fait de Perle une référence régionale et nationale, atteignant la barre des 300 000 hectolitres avant la Seconde Guerre mondiale. Sa fille est la première ingérieure-brasseur diplômée en 1929.

Au début des années 30, la publicité se développe. Cette rare publicité de l’imprimeur Draeger a recours au procédé 301 qui restitue parfaitement les balances de couleurs. Elle est particulièrement moderne et épuré pour l’époque. Le buveur de bière va pouvoir chausser ses lunettes avant de déguster sa bière Perle-Bock et manger un bretzel. Le livret posé sur la table est naturellement celui de la brasserie, édité en 1931. La partie de dessin qu’on aperçoit est d’ailleurs celui des volutes de fumée du Bon Bock de Manet utilisé par la Brasserie. C’est une mise en abime, une publicité dans une publicité. Sans doute inspiré d’une scène vécue par Charles Kleinknecht lui-même.
Dans la France de l’après guerre, la Perle n’est pas seulement une brasserie importante : c’est aussi une grande limonaderie. En 1968, elle produit ainsi 60 000 Hl de limonade, plus que L’Espérance, et talonne les limonades de la brasserie de Mutzig. Ses sodas figurent parmi les plus populaires d’Alsace avec une gamme complète : La Perlette (limonade), Le Perlofruit (Super Soda, Orange ou Citron) et La Perlita (Panaché). Si historiquement tous les brasseurs récupéraient la carbonation de la bière pour produire des boissons gazeuses, peu ont atteint les volumes de la Perle.

La Brasserie Perle est la première victime de l’ALBRA (l’ALsacienne de BRAsserie). Au milieu des années 60, les brasseurs alsaciens, souvent familiaux, voient se constituer face à eux des géants français et européens de la bière et de l’agroalimentaire. Ils se persuadent alors qu’atteindre une taille moyenne par la fusion permettrait d’éviter la disparition. Ainsi les brasseries de l’Espérance, Perle, Colmar et Haag fusionnent pour devenir l’ALBRA en 1969. Deux ans plus tard, réputée moins productive, sans doute trop proche géographiquement de la brasserie de l’Espérance et desservie par des querelles de patrons-brasseurs, la Brasserie Perle de Schiltigheim ferme ses portes. Son bâtiment est détruit dans une relative indifférence en 1980.

En 2009, Christian Artzner, descendant de Pierre Hoeffel, relance la marque Perle. Fidèle à l’esprit originel, il développe une brasserie artisanale de qualité, d’abord à la Meinau puis à Cronenbourg. Avec une Biertsub emblématique et une production d’environ 6000 hectolitres, Perle renaît en honorant la tradition brassicole alsacienne, dans la continuité de la vision formulée par Charles Kleinknecht dès 1933.

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Sources et précisions méthodologiques : les nombreuses informations utilisées se recoupent souvent. Néanmoins, certains chiffres de volumes de production ou certaines dates peuvent varier légèrement, en fonction des sources. Les données finalement retenues sont celles issues des sources les plus anciennes, notamment la presse de l’époque, disponible sur Gallica, considérant qu’elles sont les plus justes puisque contemporaines des évolutions qu’elles décrivent. Certaines erreurs ont cependant été faites, notamment sur internet, puis reprises in extenso dans des articles ou ouvrages, sans vérifications ultérieures. Nous le signalons quand l’erreur est flagrante.
Principales sources pour la réalisation du Podcast : Nicolas Stoskopf, Les Hatt ; Michel Hau et Nicolas Stoskopf, Les Dynasties Alsaciennes ; Philippe Voluer, La bière en Alsace ; Robert Dutin, Dictionnaire historique de la Brasserie Française ; Pierre Georges, Schiltigheim du moyen âge à nos jours ; Contributions collectives, Saisons d’Alsace, Variations Gambrinales ; Jean Louis Schliener, Le buveur Alsacien ; Bertrand Hell, L’Homme et la bière ; Jean Claude Colin, La bière racontée par la carte postale ; Jean Claude Colin et Jean Claude Potel Jehl, La bière en Alsace ; Contributions collectives, Schiltigheim l’industrieuse ; L’Opinion Économique et Financière, La bière française, La Brasserie d’Alsace ; Adolphe Seyboth, Brasseries et brasseurs de Strasbourg : du treizième siècle à nos jours ; Ferdinand Reiber, Études Gambrinales, Histoire et archéologie de la bière en principalement de la bière à Strasbourg ; Bock en Stock n°26 – Juin 2025 consacré à la Brasserie Perle, ; L’Alsace depuis son retour à la France, du Comité Alsacien d’Etudes et d’Informations, 1933; divers périodique alsaciens (Der Elsasser, Strassburger NeuesNachrichten etc…) disponibles sur Gallica ; Histoire de plaque, Histoire de l’Emaillerie Alsacienne, de Pierre Meyer; En trois points et quelques autres, entretien avec Daniel Hoeffel ; Sites internet généralistes : Gallica, Retronews, Le Monde, Les Échos, Ina, DNA, Deutsche Digitale Bibliothek. Sites internet brassicoles : http://www.biermuseum.net/, https://www.brassicol.fr– Sites particuliers : https://www.antoinewendling.eu/la-place-dausterlitz-a-strasbourg/ https://www.biere-perle.com https://www.alsace-histoire.org https://www.archi-wiki.org/Adresse:Brasserie_La_Perle_(Schiltigheim) – Archives personnelles (livres de compte – correspondances commerciales – documents publicitaires internes – coupures de presse). Livre commercial édité en 1931 par la Brasserie (en langue allemande) – Archives publiques – Archives Départementales du Bas-Rhin, notamment le fonds 80J – Archives de la ville de Schiltigheim (fonds Perle de la police des bâtiments) – Fonds photographique Jungmann de la BNU de Strasbourg